Pollution de l’air : où en est-on ?

Générations Cobayes (GC) a assisté pour vous à deux conférences sur la pollution de l’air, au cours desquelles les experts nous ont présenté un état de la recherche sur le sujet. On vous propose ici un petit topo, flippant au début mais rassurant à la fin, sauce GC quoi.

 

Dans un rapport publié en 2016, l’Organisation Mondiale de la Santé associait 23 % des décès dans le monde à l’insalubrité environnementale. En particulier, les différentes formes de pollution font des ravages. En France, 48 000 décès prématurés par an sont attribués à la pollution de l’air par les particules fines uniquement.

 

Face à ces chiffres alarmants, comment réagir ?

D’abord, en s’informant. Dans le cas de la pollution de l’air, deux grandes catégories de polluants sont à distinguer : les gaz (ozone, ammoniac, dioxyde de soufre, monoxyde de carbone…) ; et les particules. Parmi ces dernières, la taille joue un rôle essentiel dans la toxicité. Alors que les plus grosses particules (>10 μm) ne progressent pas au-delà des voies respiratoires supérieures, d’autres (entre 2,5 et 10 μm) pénètrent dans les poumons, et les plus fines (<2,5 μm) parviennent jusqu’au fond des alvéoles pulmonaires, voire jusqu’au sang.

 

S’informer encore...

Quels sont les effets établis de cette pollution atmosphérique ? Le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) la classe comme cancérogène certain, et son rôle dans l’émergence de pathologies cardiovasculaires et respiratoires fait également consensus dans la communauté scientifique. Bien d’autres effets sont aujourd’hui en discussion : sur le fonctionnement neuronal, hormonal, le développement de l’enfant, la reproduction, la qualité du sperme… L’étude récente Pollux a démontré une hausse corrélée des passages aux urgences pour asthme avec l’augmentation de la pollution. De même, une recrudescence des cas d’AVC avait été enregistrée lors du pic de pollution en 2016.

 

Qui protéger en premier lieu ?

Certains groupes de population sont plus sensibles que d’autres à la pollution atmosphérique : les enfants, les femmes enceintes, les personnes âgées et les personnes atteintes de maladies chroniques. Ces personnes à risques feront d’autant plus les frais des pics de pollution. Toutefois, pour l’ensemble de la population, le danger provient plus de l’exposition moyenne et quotidienne que des pics occasionnels. Évidemment, les inégalités face aux dangers de la pollution de l’air proviennent aussi des différences d’exposition (en fonction des zones d’habitat et des modes de vie) et de sensibilisation à cette problématique.

 

Précisons que nous ne traitons pas ici de la pollution de l’air intérieur, également impactée par les produits d’entretien, de nombreuses peintures et matériaux traités, les insecticides, etc. Pour en savoir plus sur ce sujet, clique ici !

 

D'où ces pollutions proviennent-elles ?

Précisons que les transports sont responsables en France des pollutions les plus dangereuses, et qu’ils dessinent les zones d’exposition les plus sensibles. Ils sont l’objet, avec l’industrie, de réglementations de plus en plus contraignantes, mais toujours trop timides. Les pesticides, quant à eux, sont désormais reconnus comme polluants majeurs, et notamment à l’origine de nombreux pics de pollution (à travers la libération d’ammoniac). Pour autant, aucune réglementation n’existe actuellement sur leur présence dans l’air...

 

Autre précision d’importance : les études épidémiologiques montrent qu’il n’y a pas de niveau d’exposition sans effet. En d’autres termes, même une pollution atmosphérique minime peut avoir un impact sur la santé. Or, certains facteurs restent hors de contrôle : l’émission de particules par les frottements des pneus ou des plaquettes de freins par exemple, qui intervient même pour des véhicules « non polluants » ; ou encore les différentes formes de pollution naturelle, comme celle qui nous porte des particules fines depuis le désert.

 

La pollution, ça coûte des ronds !

Certains acteurs, comme l’Institut National de l’Environnement Industriel et des Risques (Ineris), cherchent à associer un coût monétaire à la mortalité, aux soins et à la perte d’autonomie. Ces entreprises de monétarisation sont controversées, et beaucoup qualifient d’insensée la volonté de calculer le coût de la vie humaine. Toutefois, ces estimations ont le mérite de formuler des arguments forts pour les décideurs économiques et politiques. En 2015, une commission d’enquête du Sénat évaluait à 101,3 milliards d’euros le coût de la pollution de l’air pour la France (contre un coût évalué de 47 milliards d’euros pour le tabac).

 

Les bonnes nouvelles !

La qualité de l’air s’améliore, et les réglementations se durcissent. Selon Anne Hidalgo, maire de Paris, le trafic et la pollution de l’air ont tous deux été réduits de 30 % en 10 ans dans la capitale. Une sortie du diesel y est par ailleurs planifiée pour 2024, et celle des moteurs essence devrait être visée pour 2030. Concernant les pesticides, 90 d’entre eux seront surveillés dès 2018. Les pratiques, elles aussi, évoluent : l’utilisation du vélo notamment, qui se voyait doubler à Paris de 2001 à 2010, poursuit sur cette pente ascendante. Et vous, vous en êtes où niveau transports ? Tous en selle !

 

D’autres changements d’habitudes, visant à réduire notre empreinte atmosphérique, sont accessibles : en privilégiant des consommations locales, en limitant notre consommation de viande (responsable de 14,5 % des émissions de gaz à effet de serre, contre 13 % pour les transports...), ou encore en faisant le choix de moyens de transport moins polluants. Dans tous ces domaines, les moyens d’action se multiplient. Pour Générations Cobayes, il n’y a pas de petite initiative ! Toute évolution des pratiques, même à l’échelle individuelle, est porteuse de changements.

 

Sources :

 

Conférence : Pollution de l’air : quel en est le coût humain, financier et environnemental ?, organisée par la Société Française de Santé et Environnement (SFSE). Intervenants : Denis Bard (épidémiologiste, EHESP), Philippe Hubert (directeur des risque chroniques, INERIS), Carlos Dora (ex-coordinateur, OMS). Mercredi 6 décembre 2017, Mairie du 10e arrondissement, Paris.

 

Conférence : Pollution et qualité de l’air : les impacts sur la santé, organisée par la Mairie de Parie, en partenariat avec l’Assistance Publique des Hôpitaux de Paris (APHP).  Intervenants scientifiques : Alain Le Tertre (Santé Publique France), Jean Marc Treluyer (médecin, APHP), Bruno Housset (pneumologue, président de la fondation Souffle), Isabelle Momas (professeure à la faculté de pharmacie Paris Descartes), Frank Kelly (professeur de santé environnementale au King’s College de Londres), Isabella Annesi-Maesano (directrice de recherche, INSERM), Thomas Bourdrel (radiologue, fondateur du collectif Strasbourg Respire). Jeudi 5 avril 2018, Salle des Fêtes de l’Hôtel de Ville, Paris.

 

Commission d’enquête du Sénat : Rapport n°610, disponible en ligne :

https://fr.scribd.com/document/271649687/Rapport-sur-le-cout-economique-et-financier-de-la-pollution-de-l-air.

 

Rapport : Gerber, P.J., Steinfeld, H., Henderson, B., Mottet, A., Opio, C., Dijkman, J., Falcucci, A. & Tempio, G. 2013. Tackling climate change through livestock – A global assessment of emissions and mitigation opportunities. Food and Agriculture Organization of the United Nations (FAO), Rome.

Pour aller plus loin :

 

https://www.airparif.asso.fr/pollution/effets-de-la-pollution-sante

 

Auteur : Nicolas Beyrand
Illustratrice : Lili Barletta

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