Avoir l'argent écolo

"Argent, trop cher, trop grand : la vie n'a pas de prix !" Maintenant que tu as cette chanson du groupe Téléphone dans la tête tu es fin prêt.e pour lire l'article de Sophie sur les banques.

J'avais pensé à tout : déménager à la campagne, réduire mes déchets au strict nécessaire, passer au vélo, chérir le bicarbonate de sodium, envoyer valser maquillages et autres crèmes ultra polluantes, passer au no-poo, manger local et de saison ou encore coudre mes serviettes hygiéniques mais voilà, dans mon engouement j'avais oublié un point capital : ma banque.

 

En entendant une amie critiquer "ces écolos qui se félicitent d'acheter bio mais qui laissent leur argent s'agiter à la Société Négérale ou à la PNB", j'ai réalisé que, moi aussi, je mangeais bio tout en laissant mon argent s'agiter quelque part et que je n'avais aucune idée de ce qu'il pouvait bien faire en ce moment.

 

Où est notre argent ?

Selon les pays, les banques ne doivent garder que 3 à 10%  des dépôts en fonds propres, le reste est ré-injecté dans l'économie et prêté à des projets sélectionnés en fonction de leur objectif de rentabilité et de sécurité. Votre argent a donc été réinvesti immédiatement dans un projet porteur.

 

quel monde finançons-nous ?

Il est très difficile de savoir où va l'argent qui est sur notre compte car les banques revendiquent leur droit à la confidentialité vis à vis de leurs clients. Cependant quelques chiffres circulent, notamment grâce au réseau Banktrack (réseau international d'ONG étudiant les opérations et investissements des banques commerciales et leurs conséquences). Vous pouvez consulter leur site et utiliser le moteur de recherche qui permet, en donnant le nom d'une banque, de voir quels projets douteux elle finance. 

Dictatures, armes, dégâts environnementaux :

« L’étude menée au sein du réseau BankTrack dévoile les liens financiers entre des grandes banques européennes et des entreprises blacklistées soutenant des dictateurs et provoquant des dégâts environnementaux irréparables ou produisant des armes aveugles (telles que les bombes à sous-munitions). Les 13 banques étudiées ont ainsi octroyé 11,4 milliards d’euros de prêts et organisé et émis des actions et des obligations pour un montant total de 10,5 milliards d’euros. En outre, elles détiennent ou gèrent pour compte de tiers 17,7 milliards d’euros dans ces mêmes entreprises, soit une implication totale de plus de 40 milliards d’euros au cours des 4 dernières années » dénonce Yann Louvel, chargé de campagne Finance privée aux Amis de la Terre (ONG qui fait partie de Banktrack).

Les énergies climaticides :

Dans le rapport d'octobre 2014 des Amis de la Terre sur les banques, Charbon : l’argent sale des banques françaises, on apprend que les banques françaises ont soutenu à hauteur de plus de 30 milliards d’euros le secteur du charbon – centrales et mines – entre 2005 et avril 2014, faisant de la France le 4e financeur mondial du combustible le plus émetteur de CO2. 94 % des soutiens totaux des banques françaises au secteur du charbon entre 2005 et 2013 viennent de BNP Parias (derrière le projet Cherbon Indien de tata Munda), de la Société Générale (impliquée dans le financement du projet Alfa coal, dont elle se retire en 2014 suite à une publicité trop embarrassante) et du Crédit Agricole (qui participe à la destruction des Appalaches en finançant des projets qui font littéralement sauter les montagnes avec de l'explosif pour accéder au charbon).

Les armes nucléaires :

L’organisation pacifiste néerlandaise PAX, a identifié en 2014 dans son rapport intitulé Don't Bank the Bomb (Ne Financez pas la Bombe) 411 banques, compagnies d’assurances et fonds de pension ayant investi dans 28 sociétés impliquées dans la production, la maintenance ou le stockage d’armes nucléaires. La BNP fait partie des 10 premiers investisseurs ayant fourni à eux seuls plus de 175 milliards de dollars aux 28 producteurs d’armes nucléaires identifiés.

 

Que pouvons-vous faire ? 

Dans le rapport, Comment choisir sa banque, les Amis de la Terre ont classé les principales banques françaises en 3 catégories selon leurs empreintes climatiques et sociales.

 

Quid de la Nef et du crédit Coopératif ? Un moindre mal ? Encore du greenwashing ?

-Sur son site internet, la Nef déclare que « Les financements accordés par la Société financière de la Nef permettent de soutenir la création et le développement d’activités professionnelles et associatives à des fins d’utilité sociale et environnementale. »

-Ses activités se déroulent dans la transparence totale : la Nef est en effet le seul acteur financier français à publier chaque année l'intégralité des projets qu'elle finance en incluant le montant du prêt octroyé et la description des activités financées

-La NEF n'est pas cotée en bourse

-La NEF n'a pas de comptes dans les paradis fiscaux

-La NEF est co-gestionnaire de : la Foncière Terre de Liens, Habitat et Humanisme , Biocoop, Le mouvement d’agriculture biodynamique, La Fédération Nationale de l’Agriculture Biologique, Les AMAP

-C'est la banque choisie par les Amis de la Terre

 

Elle ne propose pas encore de compte courant mais a une convention avec le Crédit Coopératif, filiale de la banque populaire (donc vous avez encore un pied dans la nébuleuse bancaire, mais à moindre dose).

Restons tout de même sur nos gardes, les entreprises et les banques cherchent avant tout, par nature, à faire du profit. C'est donc à nous consommateurs d’être vigilants et d’être les garde-fous des pratiques bancaires. A titre d'exemple, l’entreprise brésilienne Vale est cotée en bourse à l'index du développement durable puisqu'elle compense son impact sur la planète en reboisant des dizaines de milliers d'hectares en Amazonie et prétend dépenser un milliard de dollars par an pour préserver l'environnement.  Mais cela serait pure hypocrisie car Vale reboise les forêts avec des eucalyptus qui appauvrissent les sols.L'entreprise vend ensuite ces arbres pour produire du biocarburant.

Soulignons le mérite de la NEF d'être l'unique acteur bancaire en France à privilégier le financement de projets à forte valeur sociale, environnementale et culturelle mais restons vigilants.

 

Sophie